Traverser la Suisse en bus : mon propre pays vu autrement 🚌💨
- Yoann Roch

- il y a 3 heures
- 5 min de lecture
Le bus n'est pas ma façon de partir. C'est ma façon d'être.
Il y a quelque chose d'étrange à voyager dans son propre pays.
Pas la même étrangeté qu'au Portugal ou en Espagne, là-bas, tu es clairement le passant, le visiteur, celui qui ne connaît pas les codes.
En Suisse, tu connais les codes. Tu as grandi avec. Et pourtant, depuis le bus, quelque chose a changé. Ce n'est plus tout à fait ton pays. Ce n'est plus tout à fait celui des autres non plus.
C'est un entre-deux inconfortable et fascinant à la fois.
Le Brünigpass, ou comment frôler la crise cardiaque à 1002 mètres...

Avant de parler du Valais et de la campagne zurichoise, il faut que je te parle du Brünigpass.
C'était avec mon premier bus. Un Setra de 1975, oui, tu as bien lu, 1975, que j'avais aménagé avec les moyens du bord et beaucoup d'optimisme.
Un bus qui avait probablement vu des choses que je ne veux pas imaginer avant d'atterrir dans mes mains.
Le Brünigpass relie l'Oberland bernois au canton d'Obwald. Col de montagne, virages serrés, dénivelé conséquent. Pour une voiture moderne, c'est une promenade. Pour un bus de 50 ans d'âge, c'est une autre histoire 😱
Tout le trajet, j'avais un œil sur la route et un œil sur le tableau de bord. Température du moteur, pression d'huile, bruits suspects. Chaque virage était une négociation silencieuse avec un véhicule qui avait largement dépassé l'âge de la retraite.
Le bus a tenu. Bien sûr qu'il a tenu, sinon je ne serais pas là pour l'écrire.
Mais ce jour-là, j'ai compris deux choses : que les vieux bus ont une âme que les neufs n'auront jamais, et que le stress fait partie du voyage autant que les paysages.
La Suisse Alémanique, un autre pays dans le même pays...

Zug. La campagne zurichoise.
Si tu es romand comme moi, tu sais que la Suisse alémanique c'est à la fois à côté et à des années-lumière. Même pays, même passeport, autre monde. 🙈
Ce qui m'a le plus frappé en arrivant avec le bus dans ces régions, ce n'est pas la barrière de la langue, je m'y attendais. C'est le regard.
En Suisse romande, on commence à voir des vans aménagés, des tiny houses, des modes de vie alternatifs. Ça reste marginal, mais ça existe dans le paysage mental des gens. En Suisse alémanique, dans la campagne zurichoise, garer un grand bus aménagé dans un village, c'est encore une anomalie totale.
Les gens regardent. Pas méchamment, la Suisse est un pays poli. Mais ils regardent avec cette expression particulière qui dit : "Qu'est-ce que c'est que ça, et pourquoi ça s'est arrêté ici ?" 🤨
J'ai appris à sourire en réponse. Parfois ça suffit à transformer le regard.
Le Valais, mon antidote...

Si je devais choisir un seul endroit en Suisse pour le bus, ce serait le Valais.
Pas pour les vignes ou les raclettes, même si je ne crache pas dessus. Pour les montagnes et pour la lumière.
Il y a une lumière en Valais, surtout en fin de journée, qui fait ce que les meilleurs filtres Lightroom essaient d'imiter sans jamais y arriver tout à fait. Un orange qui s'accroche aux parois rocheuses, un ciel qui vire au violet au-dessus des 4000 m, une clarté de l'air qu'on ne trouve nulle part ailleurs.
Pour quelqu'un qui filme et photographie, c'est une drogue. 🤷🏻♂️
Les randonnées aussi. Partir tôt, enfin pas trop... Le matin depuis le bus garé en fond de vallée, monter pendant 3 ou 4 heures, arriver quelque part où le monde moderne n'existe pas vraiment. Redescendre le soir avec des images dans la tête qui valent tous les disques durs du monde.
Le Valais me recentre. Chaque fois que je doute, de ce mode de vie, de ce projet, de ce choix, je reviens en Valais et quelque chose se remet à sa place.
Être étranger chez soi...

Voilà ce que personne ne dit vraiment sur le nomadisme en Suisse.
La Suisse est un pays magnifique, ordonné, propre, sûr. C'est aussi un pays où la norme est très présente. Le travail stable, le bail de 3 ans, la retraite planifiée, le dimanche en famille.
Vivre dans un bus en Suisse, c'est s'écarter visiblement de cette norme.
Et les Suisses, en tout respect et en toute affection pour ce pays qui est le mien, ont un radar très sensible pour détecter ceux qui s'en écartent.
Ce n'est pas de la méchanceté. C'est de la perplexité.
"Mais tu fais quoi comme travail ?" Filmmaker. "Ah, et ça marche ?" Oui. "Et tu vis vraiment dans le bus ?" Oui. "Toute l'année ?" Oui. "Et tu es... bien ?"
Cette dernière question, posée avec une légère inquiétude dans la voix, je l'ai entendue des dizaines de fois. De la famille, de connaissances, de gens croisés sur un parking.
Oui. Je suis bien! 🤙🏼
Mieux que bien, parfois. Même si je comprends que ça ne rentre pas dans les cases habituelles.
Ce que la Suisse m'a appris sur moi-même...

J'y reviens régulièrement. Pour la famille. Pour les affaires. Pour recharger quelque chose que la route seule ne peut pas donner.
Et à chaque fois, je repars avec une conviction un peu plus solide.
Ce mode de vie n'est pas une fuite de la Suisse. Ce n'est pas un rejet de ce pays ou de ce qu'il représente. C'est simplement une autre façon d'y appartenir, une façon mobile, non conventionnelle, un peu incomprise parfois.
Le bus n'est pas ma façon de partir. C'est ma façon d'être.
Et le Valais, la campagne zurichoise, le Brünigpass un soir de stress avec un moteur de 1975, tout ça fait partie de ce que je suis. Autant que les routes portugaises ou les cols espagnoles. La Suisse est dans le bus autant que le bus est en Suisse.
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En résumé
Traverser la Suisse en bus, c'est redécouvrir son propre pays autrement : le stress d'un col de montagne au volant d'un vieux moteur, le décalage entre Suisse romande et alémanique, et le Valais qui recentre à chaque fois.
Le regard des autres, entre curiosité et perplexité, fait partie du voyage même chez soi.
Chaque région suisse offre une expérience différente en bus aménagé, de la rigueur alémanique à la lumière du Valais.
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